« Mon image symbolise les produits brutalement impersonnels et les objets tapageusement matérialistes qui servent de fondation à l’ Amérique d’aujourd’hui. C’est une matérialisation de tout ce qu’on peut acheter ou vendre, des symboles pratiques et éphémères qui nous font vivre. »
Andy Warhol
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander
« Dans son secteur le plus avancé, le capitalisme concentré s'oriente vers la vente de blocs de temps «tout équipés», chacun d'eux constituant une seule marchandise unifiée, qui a intégré un certain nombre de marchandises diverses. C'est ainsi que peut apparaître, dans l'économie en expansion des «services» et des loisirs, la formule du paiement calculé «tout compris», pour l'habitat spectaculaire, les pseudo-déplacements collectifs des vacances, l'abonnement à la consommation culturelle, et la vente de la sociabilité elle-même en «conversations passionnantes» et «rencontres de personnalités».»
G. Debord, La société du spectacle, II, §152
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander
Le capitalisme hyperindustriel a développé ses techniques au point que, chaque jour, des millions de personnes sont connectées simultanément aux mêmes programmes de télévision, de radio ou de consoles de jeu. La consommation culturelle, méthodiquement massifiée, n’est pas sans conséquences sur le désir et les consciences. L’illusion du triomphe de l’individu s’estompe, alors que les menaces se précisent contre les capacités intellectuelles, affectives et esthétiques de l’humanité.
Lire la suite de cet article : Bernard STIEGLER, « Le Désir asphyxié, ou comment l’industrie culturelle détruit l’individu. Contribution à une théorie de la consommation de masse », Le Monde diplomatique, juin 2004
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander
" Tout travail travaille à faire un homme en même temps qu’une chose. "
E Mounier
La société capitaliste et industrielle qui naît à naître à partir du XV°siècle en Italie et en Allemagne et dont nous sommes les héritiers, considère le travail non seulement comme une valeur économique mais comme la valeur morale par excellence. Pour nous, le travail n'est pas uniquement un moyen de subvenir à ses besoins, ce qui produit les biens les plus divers dont le salaire permet éventuellement la jouissance ; c'est pour la morale qui imprègne nos mentalités, une épreuve formatrice et réalisatrice de soi. Syndicalement, politiquement, le travail est non seulement un devoir mais surtout un droit, bref, un des principaux facteurs de cohésion et de reconnaissance sociale.
Or, la pensée antique en ignorait le mot et la notion, l'Ancien Testament le considérait comme une malédiction. Quels sont les facteurs et les raisons qui motivent un tel changement ? La valeur que nous accordons au travail est-elle réellement justifiée ? Qu'entend-on au juste par ce mot qui a fini par désigner des choses fort différentes ? Il convient de revenir sur cette mutation et de se demander si véritablement le travail travaille à " faire un homme " ? Dans quelle exacte mesure ? Si oui, peut-on légitimement l’affirmer de tout travail ?
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander
« Autrefois les gens étaient capables d’une gaieté et d’un esprit ludique qui ont été plus ou moins inhibés par le culte de l’efficacité. L’homme moderne pense que toute activité doit servir à autre chose, qu’aucune activité ne doit être une fin en soi. (...). L’idée que les activités désirables sont celles qui engendrent des profits a tout mis à l’envers. Le boucher qui vous fournit une viande, et le boulanger, qui vous fournit en pain, sont dignes d’estime parce qu’ils gagnent de l’argent ; mais vous, quand vous savourez la nourriture qu’ils vous ont fournie, vous n’êtes que frivole, à moins que vous ne mangiez que dans l’unique but de reprendre des forces avant de vous remettre au travail.
De façon générale, on estime que gagner de l’argent , c’est bien, mais que le dépenser, c’est mal. Quelle absurdité, si l’on songe qu’il y a toujours deux parties dans une transaction : autant soutenir que les clés, c’est bien, mais les trous de serrure, non. Si la production de biens a quelque mérite, celui-ci ne saurait résider que dans l’avantage qu’il peut y avoir à les consommer. Dans notre société, l’individu travaille pour le profit, mais la finalité sociale de son travail réside dans la consommation de ce qu’il produit. C’est ce divorce entre les fins individuelles et les fins sociales de la production qui empêche les gens de penser clairement dans un monde où c’est le profit qui motive l’industrie. Nous penserons trop à la production, pas assez à la consommation. De ce fait, nous attachons trop peu d’importance au plaisir et au bonheur simple, et nous ne jugeons pas la production en fonction du plaisir qu’elle procure au consommateur ».
Bertrand Russell, Eloge de l’oisiveté, Editions Allia, 2004
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander
"La civilisation technicienne n'est encore qu'une pseudo-civilisation. Elle n'a de projet que pour les choses et non pour les hommes.(…)
Le premier défaut du monde moderne n'est pas d'être injuste ou violent, c'est d'être irréaliste. C'est de placer son ambition suprême dans l'accumulation des richesses et non dans le contentement des individus, de limiter son propos au monde matériel alors qu'une civilisation se fonde et se juge sur l'expérience vécue de ses membres...
Une chose est certaine en tout cas: notre avenir n'es plus inscrit dans le progrès technique. Il y a quelques années, des futurologues s'attachaient à prédire les dates auxquelles nous pourrions prévoir le temps, implanter dans organes artificiels ou maîtriser la fusion thermonucléaire. Nous savons désormais que ces prédictions ne peuvent rien nous apprendre sur la vie de nos enfants. Nous sommes confrontés à un problème de civilisation; un problème que la technologie, si perfectionnée soit-elle, ne peut pas résoudre".
Jacques Ellul, Le Bonheur en plus, Denoël, Paris, 1974, p. 14.
L’ouvrier est placé dans une situation telle que son travail ne plus paraît plus que comme un "objet étranger ". Du matin au soir il vend sa force de travail, il produit. Il nourrit un système de production gigantesque mais vis à vis duquel il est comme étranger. Le monde extérieur des choses devient "puissant " au sens où l’empire que gagne la consommation ne fait que s’accroître. Mais face à cela, que devient "le monde intérieur " de l’ouvrier ? S’est il enrichit lui-même en travaillant ? Il a plutôt le sentiment qu’on lui vole tous les jours ce qu’il produit, sa richesse lui est prise. Plus le monde des objets et de la consommation devient opulent, plus le sentiment de misère intérieure et de dépossession devient cruel. Le trésor de la valeur du travail a été volé pour être seulement investit dans la valeur des choses. Nous ne voyons que le prix dans la vitrine. Nous oublions tout le travail que cela a pu coûter, nous oublions que c’est cela la dimension vraie de l’objet. Reste seulement la mesure économique.
Marx, Manuscrits de 1844.
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander
"Innover le navire, c'était déjà innover le naufrage ; inventer la machine à vapeur, la locomotive, c'était encore inventer le déraillement, la catastrophe ferroviaire. […] chaque période de l'évolution technique apportant, avec son lot d'instruments, de machines, l'apparition d'accidents spécifiques, révélateurs "en négatif" de l'essor de la pensée scientifique."
Paul Virilio,
Un paysage d'événements,
Galilée, 1996.
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander
"J'appelle technique ce genre de pensée qui s'exerce sur l'action même, et s'instruit par de continuels essais et tâtonnements. […] Quel est donc le propre de cette pensée technicienne ? C'est qu'elle essaie avec les mains au lieu de chercher par la réflexion."
Alain, Humanités (1947), PUF, 1967, p. 193.
"Anaxagore prétend que c'est parce qu'il a des mains que l'homme est le plus intelligent des animaux. Ce qui est rationnel, plutôt, c'est de dire qu'il a des mains parce qu'il est le plus intelligent. Car la main est un outil ;
(…) Les autres animaux n'ont chacun qu'un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour faire n'importe quoi d'autre, et ne doivent jamais déposer l'armure qu'ils ont autour de leur corps ni changer l'arme qu'ils ont reçue en partage. L'homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d'en changer et même d'avoir l'arme qu'il veut et quand il le veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance, ou épée, ou toute autre arme ou outil. Elle peut-être tout cela, parce qu'elle est capable de tout saisir et de tout tenir. La forme même que la nature a imaginée pour la main est adaptée à cette fonction.".
Aristote, Les Parties des animaux, § 10, 687 b, éd. Les Belles Lettres
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander
YAMAMIYA Takashi, Health Machine of Mr. Chaplin
La différence décisive entre les outils et les machines trouve peut-être sa meilleure illustration dans la discussion apparemment sans fin sur le point de savoir si l'homme doit "s'adapter" à la machine ou la machine s'adapter à la "nature" de l'homme. (…)L'intérêt de la discussion à notre point de vue tient donc plutôt au fait que cette question d'adaptation puisse même se poser. On ne s'était jamais demandé si l'homme était adapté ou avait besoin de s'adapter aux outils dont il se servait : autant vouloir l'adapter à ses mains. Le cas des machines est tout différent. Tandis que les outils d'artisanat à toutes les phases du processus de l'œuvre restent les serviteurs de la main, les machines exigent que le travailleur les serve et qu'il adapte le rythme naturel de son corps à leur mouvement mécanique. Cela ne veut pas dire que les hommes en tant que tels s'adaptent ou s'asservissent à leurs machines ; mais cela signifie bien que pendant toute la durée du travail à la machine, le processus mécanique remplace le rythme du corps humain. L'outil le plus raffiné reste au service de la main qu'il ne peut ni guider ni remplacer. La machine la plus primitive guide le travail corporel et éventuellement le remplace tout à fait.
Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne (1968), trad. G. Fradier, Éd.
Par veronique delbove
-
Publié dans : laphilosuitsoncours
0
-
Recommander