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Confluents

désir d'autrui


Théorème
Pier Paolo Pasolini
(1968)

Dans les années 60, l'acteur britannique Terence Stamp incarnait avec fulgurance ce charme démoniaque, et cette beauté sauvage, qui se lisent encore sur son visage. En le projetant au sein d'une famille riche, ce sont toutes les valeurs désuètes de la bourgeoisie italienne que Pasolini fait volet en éclats. La grâce trouble de cet étranger, émissaire divin, qui fait vaciller tour à tour chaque membre de la famille dans le péché, enrobe de mystère la nature profonde de chaque individu. Il les révèle à eux-mêmes, et les égare d'autant plus. Cette triste famille, enfermée consciemment dans des valeurs religieuses et morales, prend alors conscience de l'essence même de l'existence. L'amour et la passion dévorent leurs corps et leurs cœurs, et les rejette dans une culpabilité profonde dont ils ne peuvent s'absoudre. Ecrasés sous le poids d'une authenticité trop lourde à assumer, ils erreront vers d'autres horizons, sans jamais retrouver le bonheur de cet instant charnel partagé avec cet étrange visiteur. Rien ne viendra égaler ce moment, ni la mort, ni l'art, ni la luxure, ni même la religion. Rien ne se substitue à l'amour fugitif et dévorant.         Peter Dourountzis

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Le désir


Cet obscur objet du désir
Luis Bunuel
(1977)

Lors d'un voyage en train, Mathieu Faber raconte aux passagers de son compartiment ses amours avec Conchita, femme séduisante qu'il tente de posséder. Mais, à cause de son haleine fortement parfumée à l'ail, elle se dérobe toujours à ses avances après lui avoir fait espérer le bonheur.
Pour son dernier film, Buñuel revisite avec un humour corrosif toutes les frustrations de l'amour non partagé, tout le poids de l'éducation chrétienne et de la société bourgeoise. Le summum de cette frustration est symbolisé par le sous-vêtement qu'enfile Conchita et qui, d'objet érotique, se transforme en ceinture de chasteté, impossible à dénouer.
La grande originalité de Buñuel dans ce film est de faire interpréter le rôle de Conchita par deux actrices très différentes, qui incarnent les deux aspects de sa personnalité. Cette substitution ne choque pas grâce à la qualité de la mise en scène et l'évidence de cette symbolique.
d'après le livre La femme et le Pantin de Pierre Louys.


Sexe, Mensonges et Video
Steven Soderbergh
(1989)

Graham revient dans sa ville natale chargé de bagages quelque peu originaux : une collection de cassettes vidéo où des femmes exposent, face caméra, les détails de leur vie intime. Il fait la rencontre d’Ann, la femme d’un ancien copain de fac, qui est tout d’abord choquée lorsqu’elle découvre les cassettes. Puis elle décide de se confesser à son tour lorsqu’elle apprend que son mari la trompe avec sa propre sœur.

Sexe, mensonges et vidéo est avant toute chose un film psychologique à l’ambiance glaciale. Ici, la libido prend la forme d’une logorrhée verbale ininterrompue, le cinéaste choisissant de filmer les confessions intimes de personnages mal dans leur peau. A l’aide d’une mise en scène en tout point minimaliste et d’une musique discrète mais superbe, Soderbergh parvient à rendre les mots sensuels et dresse un constat accablant de la sexualité aux Etats-Unis, où les interdits favorisent les frustrations.


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le réél et le virtuel

La science des rêves
Michel Gondry
(2006)



Venu travailler à Paris dans une entreprise fabriquant des calendriers, Stéphane Miroux mène une vie monotone qu'il compense par ses rêves. Devant des caméras en carton, il s'invente une émission de télévision sur le rêve. Un jour, il fait la connaissance de Stéphanie, sa voisine, dont il tombe amoureux. D'abord charmée par les excentricités de cet étonnant garçon, la jeune femme prend peur et finit par le repousser. Ne sachant comment parvenir à la séduire, Stéphane décide de chercher la solution de son problème là où l'imagination est reine...
site officel du film

howdoyoudream.com

La collaboration de Michel Gondry, RES, Warner Independent Pictures et Imeem, a donné lieu à un site communautaire intitulé howdoyoudream.com (en version anglaise uniquement).
C'est un moteur de recherche de rêve qui abouti à des extraits du film, en fonction des mots clefs rentrés.



Eternal
sunshine of the spotless mind

Michel Gondry
(2004)

Des tempéraments différents et des humeurs inconciliables ont eu raison de l'histoire d'amour entre Joel (Jim Carrey) et Clementine (Kate Winslet). Pour ne plus souffrir, elle a eu recours à un procédé libérateur, qui lui a permis d'effacer de sa mémoire tous les souvenirs qui la rattachent à Joel. Désespéré en apprenant cette nouvelle, il se résout à suivre le même traitement. Mais au fur et à mesure que les souvenirs s'effacent, il réalise à quel point il aime toujours la jeune femme...

Fight club
David Fincher
(1999)

Jack, un homme banal, totalement en quête d'extrêmes, subissant son existentialisme, se laisse "séduire" par un anarchiste charismatique, et draguer par une droguée, Maria.
Jack va alors créer un univers secret, fascinant, et ultraviolent : les Fight Club. L'objectif pour les participants est de battre l'autre (jusqu'à sa capitulation), et ainsi de se dépasser à travers des sensations extrêmes. Se sentir exister, quoi. Problème : Jack va confondre de plus en plus sa vie "underground" et sa vie réelle. Tout en se révoltant contre son "Maître".

Tyler Durden


eXistenZ
David Cronenberg
(1999)

Dans un avenir proche, une créatrice de génie, Allegra Geller, a inventé une nouvelle génération de jeu qui se connecte directement au systeme nerveux : eXistenZ. Lors de la séance de présentation du jeu, un fanatique cherche à la tuer. Un jeune stagiaire en marketing, Ted Pikul, sauve la vie d'Allegra. Une poursuite effrenée s'engage autant dans la réalité que dans l'univers trouble et mysterieux du jeu.

Strange days
Kathryn Bigelow
(1995)

Los Angeles,  quelques jours avant le passage à l'an 2000. Lenny Nero est un ancien inspecteur déchu qui s'est reconverti dans le marché noir de "Squid", des films de réalité virtuelle qui permettent de revivre un événement vécu par une autre personne auparavant. Il a toutefois une règle d'or : il n'achète ou ne vend pas de snuff movies,  films dans lesquels on assiste à un assassinat. Mais un drame survient : Jeriko One, rappeur et leader d'opinion de la communauté noire, a été assassiné ; Iris, une amie prostituée de Lenny, a assisté au meurtre et tout enregistré sur un Squid.

The Truman Show
Peter Weir
(1998)

Truman Burbank mène une vie tranquille, dans une petite ville paisible, remplie de gens sympathiques. Et pourtant Truman a envie de voir le monde, et de retrouver la fille dont le regard l'a envoûté. Mais tout semble contraindre Truman à rester là où il est, y compris les agences de voyage, qui affichent des photos d'avions accidentés. car Truman est en fait, bien malgré lui, la star d'une émission de télé-rélaité, et ce , depuis sa plus tendre enfance.

Matrix
Andy & Larry Wachowski
(1999)

Thomas Anderson, un jeune informaticien connu dans le monde du piratage sous le pseudonyme Néo, est contacté via son ordinateur par ce qu'il pense être un groupe de pirates informatiques. Il lui font découvrir que le monde dans lequel il vit n'est qu'un monde virtuel, un logiciel appelé "la Matrice", et que tout ce qui est autour de lui n'est pas réél, ce n'est qu'une simulation neuro-active créée par les machines.

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Livre, es-tu virtuel ?

Lisez aussi les nouvelles et romans de Philip K. Dick ; il est l'auteur de SF le plus adapté au cinéma. On lui doit notamment les idées originales de Minority Report, Total Recall, Blade Runner, Paycheck et bien d'autres encore.

Et ne perdez pas de vue que Tyler Durden était d'abord un nom dans le livre de Chuck Palahniuk avant d'être incarné par Brad Pitt dans un film.

La Matrice, avant d'être l'idée "génialement novatrice" des frères Wachowski, a été conçue dans le cerveau de l'auteur de science fiction William Gibson, qui l'a décrite dans le roman Neuromancien.

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Jeudi 30 mars 2006

Le "loisir" est socialement organisé, il est conçu pour produire du bénéfice ; il est un moyen de prise en main politique des masses visant à empêcher l'existence d'un quelconque temps libre.



"Le loisir est contraint dans la mesure où derrière sa gratuité apparente, il reproduit fidèlement toutes les contraintes mentales et pratiques qui sont celles du temps productif et de la quotidienneté asservie. (…)

L’aliénation du loisir est plus profonde : elle ne tient pas à sa subordination au temps de travail, elle est liée à l’impossibilité même de perdre son temps. "

Jean Baudrillard, La société de consommation

Par veronique delbove - Publié dans : laphilosuitsoncours
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Mardi 28 mars 2006

Le loisir est le temps privilégié de la liberté et ne peut l'être qu'à la condition qu'il soit le temps de vivre en véritable citoyen; or la cité n'est pas l'état encore moins les institutions internationales, monstres froids néanmoins nécessaires dans leur fonction régulatrice globale, elle est la commune ou chacun peut se connaître et se reconnaître. Ainsi la commune doit se consacrer à sa vocation essentielle: non pas seulement favoriser la création des emplois, plus ou moins au dépens d'autres communes, mais promouvoir la liberté civilisée en un temps où les esclaves humains pourront et devront être remplacés par des machines.
Il est vrai que cela suppose  une redéfinition des finalités de l'économie et une redistribution des richesses; tâches dont l'ampleur et les difficultés nous paraissent incommensurables. Mais il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre: l'optimisme du désir de justice ne suppose-t-il pas le pessimisme de l'intelligence?

SYLVAIN REBOUL, le 29/03/94. 

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Mardi 28 mars 2006

Sont oisifs tous ceux qui, pauvres ou riches, n’ont personne pour leur dire que faire ; sont oisifs tous ceux qui n’ont pas d’horaires, qui ne sont pas pressés, qui sont sans obligation, tous ceux dont l’État n’attend rien et qui n’en attendent rien. Certains d’entre eux s’en sortent bien, sont enviables. Mais enviables de qui ? Les travailleurs, pauvres ou riches, de toute façon les méprisent : les oisifs, pauvres ou riches, sont toujours des parias. Blancs ou noirs, jaunes ou rouges, écrivains ou analphabètes, les oisifs sont le sel répudié de la terre.

C’est cette population infinie et croissante comme l’infini, à laquelle une politique à venir, s’il doit jamais y en avoir une, devra penser, ou plutôt, ce sont eux qui devront penser à eux-mêmes, comme ils ont toujours fait. Ils devront se penser ensemble. Communs. Égaux, mais pas semblables. Également libres. Pour qui la liberté n’est pas permis de tuer, d’acheter, de s’exprimer ou de voyager, mais le plus difficile des possibles.

Bompiani, Ginévra

Futur Antérieur, n°22, Septembre 1994, http://multitudes.samizdat.net/arti....


 

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Vendredi 24 mars 2006

Travailler

L’esclave se définit comme un individu qui ne se possède pas mais appartient à un tiers à qui il est obligé de louer sa force de travail pour survivre. Il subit les conséquences d’un usage de la technique uniquement indexé sur l’argent, le profit et la rentabilité. Il en paie le prix de sa personne…

«  Pauvre, joyeux et indépendant ! – tout cela est possible simultanément ; pauvre, joyeux et esclave ! – c’est aussi possible, - et je ne saurais rien dire de mieux aux ouvriers esclaves de l’usine : à supposer qu’ils ne ressentent pas en général comme une honte à être utilisés, comme c’est le cas, en tant que rouages d’une machine et, pour ainsi dire, comme un bouche- trou pour les lacunes de l’esprit d’invention ! (…) Fi ! avoir un prix auquel on cesse d’être une personne pour devenir un rouage ! Etes- vous complice de la folie actuelle des nations qui ne pensent qu’à produire le plus possible et s’enrichir le plus possible ? Votre tâche serait de leur présenter l’addition négative : quelles énormes sommes de valeur intérieure pour une fin aussi extérieure.»

 F. Nietzsche, Aurore (1881)

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Mercredi 8 mars 2006







Il existe quelque chose que 1′on appelle “art” et quelque chose que l’on nomme “communication”. Leurs chemins croisent parfois, bien que certaines formes d’art n’aient rien à voir avec la communication et que, la plupart du temps, la communication n’ait rien à voir avec l’art… Mais si nous nous penchons sur la communication, nous nous apercevons que le problème a toujours été ” comment la conserver ? ”  La vidéo, c’est peut-être la solution “.

Extraits d’un interview de JeanPaul Fargier et Raphaël Sorin paru dans ArtPress n° 47- avril 81

 







sur l’art et la vidéo


 

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Mercredi 8 mars 2006

« Quel est le rapport de l’œuvre d’art avec la communication ? Aucun.
Aucun, l’œuvre d’art n’est pas un instrument de communication. L’œuvre d’art n’a rien à faire avec la communication. L’œuvre d’art ne contient strictement pas la moindre information. En revanche, en revanche il y a une affinité fondamentale entre l’œuvre d’art et l’acte de résistance. Alors là, oui. Elle a quelque chose à faire avec l’information et la communication, oui, à titre d’acte de résistance. »

 G. Deleuze, Qu’est-ce que l’acte de création ?
Conférence donnée dans le cadre des mardis de la fondation Femis - 17/05/1987

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Vendredi 17 février 2006





            ECOUTER :
une conférence sur l'art de F. Dagognet




Image : Yves Klein
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Samedi 11 février 2006


Le titre du Parti pris des choses résume bien toute l’entreprise de Ponge: s’ouvrir aux objets même les plus banal s (la pomme de terre, le cageot) avec une attention entière et attendrie. Prendre le parti pris des choses, c’est en effet abandonner la subjectivité humaine, “céder l’initiative aux choses”, aider les objets à “s’exprimer”.


 

"refaire le monde, à tous les sens du mot refaire, c’est-à-dire le reproduire, le renouveler, le réinventer."

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Samedi 11 février 2006



En fait, le poète s'est retiré d'un seul coup du langage-instrument ; il a choisi une fois pour toute l'attitude poétique qui considère les mots comme des choses et non comme des signes. Car l'ambiguïté du signe implique qu'on puisse à son gré le TRAVERSER COMME UNE VITREet poursuivre à travers lui la chose signifiée ou tourner son regard vers sa réalité et le considérer comme objet. L'homme qui parle est au-delà des mots, près de l'obJet ; le poète est en deçà. Pour le premier, ils sont domestiques ; pour le second, ils restent à l'étal sauvage. Pour celui-là, ce sont des conventions utiles, des outils qui s'usent peu à peu et qu'on jette quand ils ne peuvent plus servir ; pour le second, ce sont des choses naturelles qui croissent naturellement sur la terre comme l'herbe et les astres."

Jean-Paul Sartre, Qu'est-ce que la littérature ? (1948), Gallimard, coll. "Folio Essais", 1993, pp. 17-18.

 

Image : David Johnson, Magritte window (1980)


Par veronique delbove - Publié dans : laphilosuitsoncours
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Vendredi 10 février 2006


Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et nous- mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson avec la nature. (…)

 

Entre nous et notre propre conscience, un voile s’interpose, VOILE EPAIS POUR LE COMMUN DES HOMMES, VOILE LEGER, PRESQUE TRANSPARENT,POUR L'ARTISTE ET LE POETE. Quelle fée a tissé ce voile ? Fut-ce par malice ou par amitié ? Il fallait vivre, et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir.

 
Bergson, Le rire, PUF, p 115.

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Affluents

L'île déserte


est l'un de ces motifs dont la littérature et le cinéma rafollent, une sorte d'expérience entre in vitro pour le pire des émissions de téléréalité (koh Lanta, Ile de la tentation, le Loft où l'ironie des producteurs aura réduit l'océan à une piscine gonflable !) et in vivo lorsque certains témoignages nous ramènent à la cruauté indépassable du réél.

Puisque Sartre voisine, il convient de préciser que  L'île déserte ajoute à l'idée de Huis Clos un état de nature sauvage et primitive, qui n'est pas sans conséquence sur le contenu des expériences vécues.

L'île déserte rappelle à l'homme surcivilisé que l'état de nature peut devenir le pire des bagnes (cf les histoires véridiques de Alexandre Selkirk qui inspira le Robinson de Defoe, l'enquête menée par Mike Dash sur les naufragés de la Batavia dans l'Archipel des Hérétiques ou encore le témoignage redoutable d'A. Corréard et J.B. Savigny, deux des naufragés de la Méduse, concept non-pâtissier d'île flottante).


Alors, laquelle des versions filmées de Robinson faut-il voir ? A vrai dire, aucune, et évitez à tout prix celle avec Tom Hanks ! Revenez plutôt au texte de Daniel Defoe ou mieux encore à la version plus récente de Michel Tournier, Vendredi ou les Limbes du Pacifique.

Préférez également la prestation impressionnante de Brando dans Les révoltés du Bounty de Lewis Milestone (1962).



Pour la version livresque, passez directement au tome 3 de l'Odyssée de la Bounty, la fameuse ile de Pitcairn, ce rocher désert où quinze hommes et douze femmes, Blancs et "Indiens" liés par le même destin, se réfugient donc, un beau jour de 1790, et y fondent une minuscule République.

Vous pourrez aussi vous référer au texte de Gilles Deleuze,  L'île déserte, malheureusement difficile à se procurer. Un peu plus distante de notre sujet, la lecture de La Fin du Voyage de P. Auriol s'avère néanmoins fort intéressante par les aspects philosophiques qui jaillissent de cette histoire du rétrécissement du monde au fur et à mesure des multiples explorations maritimes qui se sont succédées jusqu'à celles menées par le capitaine Cook, de la disparition de l'inconnu, et du début de l'uniformisation de la planète, aujourd'hui presque totalement achevée.

Et puique l'idée d'uniformisation m'incite à conclure, il faut reconnaître que l'industrie mondialisée  de l'image est quand même, parfois, capable de fournir des produits comestibles, comme la série Lost, qui, épisodiquement, conduit à des questionnements et des situations surprenants ... pour qui ne connaît ni Poe, ni Dick, ni Borges, ...


RECTIF. Un lecteur attentif de La Philo sss me rappelle le Robinson Crusoe de Bunuel (1953).
Vous trouverez ici une très bonne analyse des symptômes du monde originaire dans le cinéma de Bunuel.



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Des cartes pas très cartésiennes


DE LA RIGUEUR DE LA SCIENCE

"En cet empire, l´Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d´une seule Province occupait toute une ville et la Carte de l´Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l´Empire, qui avait le Format de l´Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l´Etude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elle l´abandonnèrent à l´Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l´Ouest, subsistent des Ruines très abimées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n´y a plus d´autre trace des Disciplines Géographiques.
(Suarez Miranda, Viajes de Varones Prudentes, Livre IV, Chapitre XIV, Lérida, 1658.)"

J.L.Borges - Histoire universelle de l'infâmie


 

Kirsten Pieroth - The colour of the Seas (2002)
bouteilles en plastique, eau de mer

de gauche à droite : la mer Rouge, la mer Blanche, la mer Noire, la mer Jaune



"C´est une autre chose que nous avons apprise de votre Nation," dit Mein Herr, "la cartographie. Mais nous l´avons menée beaucoup plus loin que vous. Selon vous, à quelle échelle une carte détaillée est-elle réellement utile ?"
"Environ six pouces pour un mile."
"Six pouces seulement !" s´exclama Mein Herr. "Nous sommes rapidement parvenus à six yards pour un mile. Et puis est venue l´idée la plus grandiose de toutes. En fait, nous avons réalisé une carte du pays, à l´échelle d´un mile pour un mile !"
"L´avez-vous beaucoup utilisée ?" demandai-je.
"Elle n´a jamais été dépliée jusqu´à présent", dit Mein Herr. "Les fermiers ont protesté : ils ont dit qu´elle allait couvrir tout le pays et cacher le soleil ! Aussi nous utilisons maintenant le pays lui-même, comme sa propre carte, et je vous assure que cela convient presque aussi bien."

Lewis Carroll - Sylvie & Bruno



"Et les marins, ravis, trouvèrent que c´était une carte qu´enfin ils pouvaient tous comprendre 

"De ce vieux Mercator, à quoi bon Pôle Nord  Tropiques, Equateurs,  Zones  et    Méridiens ?"
Tonnait l´Homme à la cloche ; et chacun de répondre : "ce sont conventions qui ne riment à rien !

Quels rébus que ces cartes, avec tous ces caps et ces îles ! Remercions le Capitaine
de nous avoir à nous acheté la meilleure -
qui est parfaitement et absolument vierge !"


Lewis Carroll - La chasse au Snark

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