Le rire « exprime donc une imperfection individuelle ou collective qui appelle la correction immédiate. Le rire est cette correction même. »
Bergson, Le Rire, PUF, p 67
Buster Keaton
Charlie Chaplin

désir d'autrui
Dans les années 60, l'acteur britannique Terence Stamp incarnait avec fulgurance ce charme démoniaque, et cette beauté sauvage, qui se lisent encore sur son visage. En le projetant au sein d'une famille riche, ce sont toutes les valeurs désuètes de la bourgeoisie italienne que Pasolini fait volet en éclats. La grâce trouble de cet étranger, émissaire divin, qui fait vaciller tour à tour chaque membre de la famille dans le péché, enrobe de mystère la nature profonde de chaque individu. Il les révèle à eux-mêmes, et les égare d'autant plus. Cette triste famille, enfermée consciemment dans des valeurs religieuses et morales, prend alors conscience de l'essence même de l'existence. L'amour et la passion dévorent leurs corps et leurs cœurs, et les rejette dans une culpabilité profonde dont ils ne peuvent s'absoudre. Ecrasés sous le poids d'une authenticité trop lourde à assumer, ils erreront vers d'autres horizons, sans jamais retrouver le bonheur de cet instant charnel partagé avec cet étrange visiteur. Rien ne viendra égaler ce moment, ni la mort, ni l'art, ni la luxure, ni même la religion. Rien ne se substitue à l'amour fugitif et dévorant. Peter Dourountzis
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Le désir

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le réél et le virtuel

La collaboration de Michel Gondry, RES, Warner Independent Pictures et Imeem, a donné lieu à un site communautaire intitulé howdoyoudream.com (en version anglaise uniquement).
C'est un moteur de recherche de rêve qui abouti à des extraits du film, en fonction des mots clefs rentrés.

Des tempéraments différents et des humeurs inconciliables ont eu raison de l'histoire d'amour entre Joel (Jim Carrey) et Clementine (Kate Winslet). Pour ne plus souffrir, elle a eu recours à un procédé libérateur, qui lui a permis d'effacer de sa mémoire tous les souvenirs qui la rattachent à Joel. Désespéré en apprenant cette nouvelle, il se résout à suivre le même traitement. Mais au fur et à mesure que les souvenirs s'effacent, il réalise à quel point il aime toujours la jeune femme...




Truman Burbank mène une vie tranquille, dans une petite ville paisible, remplie de gens sympathiques. Et pourtant Truman a envie de voir le monde, et de retrouver la fille dont le regard l'a envoûté. Mais tout semble contraindre Truman à rester là où il est, y compris les agences de voyage, qui affichent des photos d'avions accidentés. car Truman est en fait, bien malgré lui, la star d'une émission de télé-rélaité, et ce , depuis sa plus tendre enfance.

Thomas Anderson, un jeune informaticien connu dans le monde du piratage sous le pseudonyme Néo, est contacté via son ordinateur par ce qu'il pense être un groupe de pirates informatiques. Il lui font découvrir que le monde dans lequel il vit n'est qu'un monde virtuel, un logiciel appelé "la Matrice", et que tout ce qui est autour de lui n'est pas réél, ce n'est qu'une simulation neuro-active créée par les machines.
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Et ne perdez pas de vue que Tyler Durden était d'abord un nom dans le livre de Chuck Palahniuk avant d'être incarné par Brad Pitt dans un film.
La Matrice, avant d'être l'idée "génialement novatrice" des frères Wachowski, a été conçue dans le cerveau de l'auteur de science fiction William Gibson, qui l'a décrite dans le roman Neuromancien.Le rire « exprime donc une imperfection individuelle ou collective qui appelle la correction immédiate. Le rire est cette correction même. »
Bergson, Le Rire, PUF, p 67
Il n’y a pas de comique
en dehors de ce qui
est proprement humain.
Image : J. B. Chardin, Le singe peintre (1699- 1779)
Voici le premier point sur lequel nous appellerons l’attention. Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra être beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira d’un animal, mais parce qu’on aura surpris chez lui une attitude d’homme ou une expression humaine. On rira d’un chapeau ; mais ce qu’on raille alors, ce n’est pas le morceau de feutre ou de paille, c’est la forme que des hommes lui ont donnée, c’est le caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi important, dans sa simplicité, n’a-t-il pas fixé davantage l’attention des philosophes ? Plusieurs ont défini l’homme « un animal qui sait rire ». Ils auraient aussi bien pu le définir un animal qui fait rire, car si quelque autre animal y parvient, ou quelque objet inanimé, c’est par une ressemblance avec l’homme, par la marque que l’homme y imprime ou par l’usage que l’homme en fait.
Dans un monde où partout la mécanique est plaquée sur le vivant, tout n'est-il pas risible? |
Image : Buster Keaton, L’homme à la caméra |
Dans la vie courante, les hommes disposent depuis toujours d'un moyen efficace pour protéger la vie contre les assauts de la mécanique: le rire. Un passant dans la rue suit une jolie fille du regard. Il bute contre un obstacle et tombe. Rire! La vie est vigilance et souplesse; notre passant distrait a perdu l'une et l'autre. Il s'est comporté comme un robot. C'est par des exemples de ce genre que le philosophe Henri Bergson démontre qu'au fond du comique il y a, parmi d'autres éléments, du mécanique plaquée sur du vivant. A propos du passant distrait, Bergson écrit: «ce qu'il y a de risible dans ce cas, c'est une certaine raideur de mécanique là où l'on voudrait trouver la souplesse attentive et la vivante flexibilité d'une personne». D'une manière analogue, poursuit Bergson le comique pourra résulter du contraste entre une matière inerte, un vêtement par exemple et le corps vivant, ou à un autre niveau, entre le corps et l'âme, cette dernière représentant alors le pôle de la vie. D'où l'effet comique du déguisement dans un cas et du mensonge trahi par le corps dans l'autre. |
Nous sentons bien que l’illusion constitue un danger. L’illusion inquiète. Elle nous menace sous la forme d’une déception possible, d'une souffrance ou d'un déchirement. Nous savons peu de choses sur l'illusion, mais nous savons ce qu’elle représente quand elle vient déchirer notre vie. Le plus souvent, nous confondons illusion avec l’erreur. Or, s’illusionner ce n’est pas seulement se tromper. L’erreur, une fois comprise, disparaît et laisse place à la connaissance vraie. L’illusion est par contre bien plus tenace. On a beau savoir, on peut toujours se laisser abuser. L'illusion possède un pouvoir de fascination qui fait qu'il est facile d'y croire et de se laisser entraîner par la représentation qu'elle nous suggère.
L'illusion peut prendre plusieurs formes. Nous connaissons tous les illusions d'optique, comme celle du soleil qui grossit à l'horizon et diminue au zénith, mais elles ne recoupent qu'une seule catégorie d'illusions, les illusions perceptives. Il nous faut classifier les formes d’illusions pour délimiter clairement leur action et voir sur quoi elles reposent. Il est possible pour cela de discerner trois grands domaines où nous les rencontrons : celui de la pensée collective et des illusions collectives, celui du rêve, celui des illusions individuelles de la perception de veille.
Qu'est-ce que les différentes formes de l'illusion partagent en commun? Comment comprendre ce qu’est l’illusion à travers les formes qu’elle peut prendre ?
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« La question qui me semble apparaître pour la première fois dans ce texte de Kant, c’est la question du présent, la question de l’actualité : qu’est- ce qui se passe aujourd’hui ? Qu’est- ce qui se passe maintenant ? Et qu’est-ce que c’est que ce « maintenant » à l’intérieur duquel nous sommes les uns les autres ; et qui définit le moment où j’écris ? »
Michel Foucault, Dits et Ecrits, « Qu’est- ce que les lumières ? »
Lire l'article de Kant : Qu'est- ce que les Lumières ?
« E . Kant vit avec la connaissance comme avec une épouse légitime ; pendant quarante ans, il se couche auprès d’elle dans le même lit spirituel et engendre avec elle toute une lignée allemandes de systèmes philosophiques (…).
Au contraire, la passion de la connaissance qu’a Nietzsche vient d’un tout autre tempérament (….) Jamais il n’attire à lui une connaissance d’une manière durable, pour en faire, après lui avoir prêté serment et lui avoir juré fidélité, sa femme, son « système », sa « doctrine ».
S. Zweig, Nietzsche, Stock, 1996, p 47, 48.
Image : P. Picasso, Femme à la cruche, (1927)
est l'un de ces motifs dont la littérature et le cinéma rafollent, une sorte d'expérience entre in vitro pour le pire des émissions de téléréalité (koh Lanta, Ile de la tentation, le Loft où l'ironie des producteurs aura réduit l'océan à une piscine gonflable !) et in vivo lorsque certains témoignages nous ramènent à la cruauté indépassable du réél.
Puisque Sartre voisine, il convient de préciser que L'île déserte ajoute à l'idée de Huis Clos un état de nature sauvage et primitive, qui n'est pas sans conséquence sur le contenu des expériences vécues.
L'île déserte rappelle à l'homme surcivilisé que l'état de nature peut devenir le pire des bagnes (cf les histoires véridiques de Alexandre Selkirk qui inspira le Robinson de Defoe, l'enquête menée par Mike Dash sur les naufragés de la Batavia dans l'Archipel des Hérétiques ou encore le témoignage redoutable d'A. Corréard et J.B. Savigny, deux des naufragés de la Méduse, concept non-pâtissier d'île flottante).

Pour la version livresque, passez directement au tome 3 de l'Odyssée de la Bounty, la fameuse ile de Pitcairn, ce rocher désert où quinze hommes et douze femmes, Blancs et "Indiens" liés par le même destin, se réfugient donc, un beau jour de 1790, et y fondent une minuscule République.
Vous pourrez aussi vous référer au texte de Gilles Deleuze, L'île déserte, malheureusement difficile à se procurer. Un peu plus distante de notre sujet, la lecture de La Fin du Voyage de P. Auriol s'avère néanmoins fort intéressante par les aspects philosophiques qui jaillissent de cette histoire du rétrécissement du monde au fur et à mesure des multiples explorations maritimes qui se sont succédées jusqu'à celles menées par le capitaine Cook, de la disparition de l'inconnu, et du début de l'uniformisation de la planète, aujourd'hui presque totalement achevée.
RECTIF. Un lecteur attentif de La Philo sss me rappelle le Robinson Crusoe de Bunuel (1953).
Vous trouverez ici une très bonne analyse des symptômes du monde originaire dans le cinéma de Bunuel.
"En cet empire, l´Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d´une seule Province occupait toute une ville et la Carte de l´Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l´Empire, qui avait le Format de l´Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l´Etude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elle l´abandonnèrent à l´Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l´Ouest, subsistent des Ruines très abimées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n´y a plus d´autre trace des Disciplines Géographiques.
(Suarez Miranda, Viajes de Varones Prudentes, Livre IV, Chapitre XIV, Lérida, 1658.)"
J.L.Borges - Histoire universelle de l'infâmie

Kirsten Pieroth - The colour of the Seas (2002)
bouteilles en plastique, eau de mer
"Et les marins, ravis, trouvèrent que c´était une carte qu´enfin ils pouvaient tous comprendre
"De ce vieux Mercator, à quoi bon Pôle Nord Tropiques, Equateurs, Zones et Méridiens ?"
Tonnait l´Homme à la cloche ; et chacun de répondre : "ce sont conventions qui ne riment à rien !
Quels rébus que ces cartes, avec tous ces caps et ces îles ! Remercions le Capitaine
de nous avoir à nous acheté la meilleure - qui est parfaitement et absolument vierge !"