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Confluents

désir d'autrui


Théorème
Pier Paolo Pasolini
(1968)

Dans les années 60, l'acteur britannique Terence Stamp incarnait avec fulgurance ce charme démoniaque, et cette beauté sauvage, qui se lisent encore sur son visage. En le projetant au sein d'une famille riche, ce sont toutes les valeurs désuètes de la bourgeoisie italienne que Pasolini fait volet en éclats. La grâce trouble de cet étranger, émissaire divin, qui fait vaciller tour à tour chaque membre de la famille dans le péché, enrobe de mystère la nature profonde de chaque individu. Il les révèle à eux-mêmes, et les égare d'autant plus. Cette triste famille, enfermée consciemment dans des valeurs religieuses et morales, prend alors conscience de l'essence même de l'existence. L'amour et la passion dévorent leurs corps et leurs cœurs, et les rejette dans une culpabilité profonde dont ils ne peuvent s'absoudre. Ecrasés sous le poids d'une authenticité trop lourde à assumer, ils erreront vers d'autres horizons, sans jamais retrouver le bonheur de cet instant charnel partagé avec cet étrange visiteur. Rien ne viendra égaler ce moment, ni la mort, ni l'art, ni la luxure, ni même la religion. Rien ne se substitue à l'amour fugitif et dévorant.         Peter Dourountzis

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Le désir


Cet obscur objet du désir
Luis Bunuel
(1977)

Lors d'un voyage en train, Mathieu Faber raconte aux passagers de son compartiment ses amours avec Conchita, femme séduisante qu'il tente de posséder. Mais, à cause de son haleine fortement parfumée à l'ail, elle se dérobe toujours à ses avances après lui avoir fait espérer le bonheur.
Pour son dernier film, Buñuel revisite avec un humour corrosif toutes les frustrations de l'amour non partagé, tout le poids de l'éducation chrétienne et de la société bourgeoise. Le summum de cette frustration est symbolisé par le sous-vêtement qu'enfile Conchita et qui, d'objet érotique, se transforme en ceinture de chasteté, impossible à dénouer.
La grande originalité de Buñuel dans ce film est de faire interpréter le rôle de Conchita par deux actrices très différentes, qui incarnent les deux aspects de sa personnalité. Cette substitution ne choque pas grâce à la qualité de la mise en scène et l'évidence de cette symbolique.
d'après le livre La femme et le Pantin de Pierre Louys.


Sexe, Mensonges et Video
Steven Soderbergh
(1989)

Graham revient dans sa ville natale chargé de bagages quelque peu originaux : une collection de cassettes vidéo où des femmes exposent, face caméra, les détails de leur vie intime. Il fait la rencontre d’Ann, la femme d’un ancien copain de fac, qui est tout d’abord choquée lorsqu’elle découvre les cassettes. Puis elle décide de se confesser à son tour lorsqu’elle apprend que son mari la trompe avec sa propre sœur.

Sexe, mensonges et vidéo est avant toute chose un film psychologique à l’ambiance glaciale. Ici, la libido prend la forme d’une logorrhée verbale ininterrompue, le cinéaste choisissant de filmer les confessions intimes de personnages mal dans leur peau. A l’aide d’une mise en scène en tout point minimaliste et d’une musique discrète mais superbe, Soderbergh parvient à rendre les mots sensuels et dresse un constat accablant de la sexualité aux Etats-Unis, où les interdits favorisent les frustrations.


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le réél et le virtuel

La science des rêves
Michel Gondry
(2006)



Venu travailler à Paris dans une entreprise fabriquant des calendriers, Stéphane Miroux mène une vie monotone qu'il compense par ses rêves. Devant des caméras en carton, il s'invente une émission de télévision sur le rêve. Un jour, il fait la connaissance de Stéphanie, sa voisine, dont il tombe amoureux. D'abord charmée par les excentricités de cet étonnant garçon, la jeune femme prend peur et finit par le repousser. Ne sachant comment parvenir à la séduire, Stéphane décide de chercher la solution de son problème là où l'imagination est reine...
site officel du film

howdoyoudream.com

La collaboration de Michel Gondry, RES, Warner Independent Pictures et Imeem, a donné lieu à un site communautaire intitulé howdoyoudream.com (en version anglaise uniquement).
C'est un moteur de recherche de rêve qui abouti à des extraits du film, en fonction des mots clefs rentrés.



Eternal
sunshine of the spotless mind

Michel Gondry
(2004)

Des tempéraments différents et des humeurs inconciliables ont eu raison de l'histoire d'amour entre Joel (Jim Carrey) et Clementine (Kate Winslet). Pour ne plus souffrir, elle a eu recours à un procédé libérateur, qui lui a permis d'effacer de sa mémoire tous les souvenirs qui la rattachent à Joel. Désespéré en apprenant cette nouvelle, il se résout à suivre le même traitement. Mais au fur et à mesure que les souvenirs s'effacent, il réalise à quel point il aime toujours la jeune femme...

Fight club
David Fincher
(1999)

Jack, un homme banal, totalement en quête d'extrêmes, subissant son existentialisme, se laisse "séduire" par un anarchiste charismatique, et draguer par une droguée, Maria.
Jack va alors créer un univers secret, fascinant, et ultraviolent : les Fight Club. L'objectif pour les participants est de battre l'autre (jusqu'à sa capitulation), et ainsi de se dépasser à travers des sensations extrêmes. Se sentir exister, quoi. Problème : Jack va confondre de plus en plus sa vie "underground" et sa vie réelle. Tout en se révoltant contre son "Maître".

Tyler Durden


eXistenZ
David Cronenberg
(1999)

Dans un avenir proche, une créatrice de génie, Allegra Geller, a inventé une nouvelle génération de jeu qui se connecte directement au systeme nerveux : eXistenZ. Lors de la séance de présentation du jeu, un fanatique cherche à la tuer. Un jeune stagiaire en marketing, Ted Pikul, sauve la vie d'Allegra. Une poursuite effrenée s'engage autant dans la réalité que dans l'univers trouble et mysterieux du jeu.

Strange days
Kathryn Bigelow
(1995)

Los Angeles,  quelques jours avant le passage à l'an 2000. Lenny Nero est un ancien inspecteur déchu qui s'est reconverti dans le marché noir de "Squid", des films de réalité virtuelle qui permettent de revivre un événement vécu par une autre personne auparavant. Il a toutefois une règle d'or : il n'achète ou ne vend pas de snuff movies,  films dans lesquels on assiste à un assassinat. Mais un drame survient : Jeriko One, rappeur et leader d'opinion de la communauté noire, a été assassiné ; Iris, une amie prostituée de Lenny, a assisté au meurtre et tout enregistré sur un Squid.

The Truman Show
Peter Weir
(1998)

Truman Burbank mène une vie tranquille, dans une petite ville paisible, remplie de gens sympathiques. Et pourtant Truman a envie de voir le monde, et de retrouver la fille dont le regard l'a envoûté. Mais tout semble contraindre Truman à rester là où il est, y compris les agences de voyage, qui affichent des photos d'avions accidentés. car Truman est en fait, bien malgré lui, la star d'une émission de télé-rélaité, et ce , depuis sa plus tendre enfance.

Matrix
Andy & Larry Wachowski
(1999)

Thomas Anderson, un jeune informaticien connu dans le monde du piratage sous le pseudonyme Néo, est contacté via son ordinateur par ce qu'il pense être un groupe de pirates informatiques. Il lui font découvrir que le monde dans lequel il vit n'est qu'un monde virtuel, un logiciel appelé "la Matrice", et que tout ce qui est autour de lui n'est pas réél, ce n'est qu'une simulation neuro-active créée par les machines.

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Livre, es-tu virtuel ?

Lisez aussi les nouvelles et romans de Philip K. Dick ; il est l'auteur de SF le plus adapté au cinéma. On lui doit notamment les idées originales de Minority Report, Total Recall, Blade Runner, Paycheck et bien d'autres encore.

Et ne perdez pas de vue que Tyler Durden était d'abord un nom dans le livre de Chuck Palahniuk avant d'être incarné par Brad Pitt dans un film.

La Matrice, avant d'être l'idée "génialement novatrice" des frères Wachowski, a été conçue dans le cerveau de l'auteur de science fiction William Gibson, qui l'a décrite dans le roman Neuromancien.

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laphilosuitsoncours

Vendredi 30 septembre 2005

"Ce fut l'étonnement qui poussa, comme aujourd'hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Etoiles, enfin la genèse de l'Univers. Apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance (et c'est pourquoi aimer les mythes est, en quelque manière se montrer philosophe, car le mythe est composé de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l'ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu'ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. Ce qui s'est passé en réalité en fournit la preuve : presque tous les arts qui s'appliquent aux nécessités, et ceux qui s'intéressent au bien-être et à l'agrément de la vie, étaient déjà connus, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Il est donc évident que nous n'avons en vue, dans la philosophie, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n'est pas la fin d'autrui, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit libre, car seule elle est sa propre fin."

                                        Aristote, métaphysique, A, 2



Support de réflexion et prolongement :

"Excepté l'homme, aucun être ne s'étonne de sa propre existence ; c'est pour tous une chose si naturelle, qu'ils ne la remarquent même pas. (...) C'est seulement après que l'essence intime de la nature (le vouloir vivre dans son objectivation) s'est développée, avec toute sa force et toute sa joie, à travers les deux règnes de l'existence inconsciente, puis à travers la série si longue et si étendue des animaux ; c'est alors enfin, avec l'apparition de la raison, c'est-à-dire chez l'homme, qu'elle s'éveille pour la première fois à la réflexion ; elle s'étonne de ses propres oeuvres et se demande à elle-même ce qu'elle est. Son étonnement est d'autant plus sérieux que, pour la première fois, elle s'approche de la mort avec une pleine conscience, et qu'avec la limitation de toute existence, l'inutilité de tout effort devient pour elle plus ou moins évidente. De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l'homme seul. L'homme est un animal métaphysique. Sans doute, quand sa conscience ne fait encore que s'éveiller, il se figure être intelligible sans effort ; mais cela ne dure pas longtemps : avec la première réflexion, se produit déjà cet étonnement, qui fut pour ainsi dire le père de la métaphysique. C'est en ce sens qu'Aristote a dit aussi au début de sa Métaphysique : " En effet, c'est l'étonnement qui poussa, comme aujourd'hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques". De même, avoir l'esprit philosophique, c'est être capable de s'étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d'étude ce qu'il y a de plus général et de plus ordinaire ; tandis que l'étonnement du savant ne se produit qu'à propos de phénomènes rares et choisis, et que tout son problème se réduit à ramener ce phénomène à un autre plus connu.Plus un homme est inférieur par l'intelligence, moins l'existence a pour lui de mystère. Toute chose lui paraît porter en elle-même l'explication de son comment et de son pourquoi. Cela vient de ce que son intellect est encore resté fidèle à sa destination originelle, et qu'il est simplement le réservoir des motifs à la disposition de la volonté ; aussi, étroitement uni au monde et à la nature, comme partie intégrante d'eux-mêmes, est-il loin de s'abstraire pour ainsi dire de l'ensemble des choses, pour se poser ensuite en face du monde et l'envisager objectivement, comme si lui-même, pour un moment du moins, existait en soi et pour soi. Au contraire, l'étonnement philosophique, qui résulte du sentiment de cette dualité, suppose dans l'individu un degré supérieur d'intelligence, quoique pourtant ce n'en soit pas là l'unique condition ; car, sans aucun doute, c'est la connaissance des choses de la mort et la considération de la douleur et de la misère de la vie qui donnent la plus forte impulsion à la pensée philosophique et à l'explication métaphysique du monde. Si notre vie était infinie et sans douleur, il n'arriverait à personne de se demander pourquoi le monde existe, et pourquoi il a précisément telle nature particulière ; mais toutes choses se comprendraient d'elles-mêmes".

A. SCHOPENHAUER, Le Monde comme volonté et comme représentation, suppl. au livre Ier, c. 17, "Sur le besoin métaphysique de l'humanité", tr. Burdeau, Paris, PUF, pp. 851-852.


http://www.yrub.com/philo/philo.htm 
Sur ce site, vous référer à la rubrique sur la pensée antique et en particulier l'introduction à la pensée présocratique.

Par veronique delbove
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Vendredi 30 septembre 2005
L'attitude philosophique peut- elle être définie par la décision de ne jamais croire ?

  • Manuel magnard, p 263,  les obstacles à la vérité ; opinion, préjugé, croyance, superstition
  • ALAIN, Propos d'un Normand, 15 janvier 1908

    Penser n'est pas croire. Peu de gens comprennent cela. Presque tous, et ceux-là même qui semblent débarrassés de toute religion, cherchent dans les sciences quelque chose qu'ils puissent croire. Ils s'accrochent aux idées avec une espèce de fureur ; et si quelqu'un veut les leur enlever, ils sont prêts à mordre. [...] Lorsque l'on croit, l'estomac s'en mêle et tout le corps est raidi. Le croyant est comme le lierre sur l'arbre. Penser, c'est tout à fait autre chose. On pourrait dire : penser, c'est inventer sans croire.
    Imaginez un noble physicien, qui a observé longtemps les corps gazeux, les a chauffés, refroidis, comprimés, raréfiés. Il en vient à concevoir que les gaz sont faits de milliers de projectiles très petits qui sont lancés vivement dans toutes les directions et viennent bombarder les parois du récipient. Là-dessus le voilà qui définit, qui calcule ; le voilà qui démonte et remonte son gaz parfait, comme un horloger ferait pour une montre. Eh bien, je ne crois pas du tout que cet homme ressemble un chasseur qui guette une proie. Je le vois souriant, et jouant avec sa théorie ; je le vois travaillant sans fièvre et recevant les objections comme des amies ; tout prêt à changer ses définitions si l'expérience ne les vérifie pas, et cela très simplement, sans gestes de mélodrame. Si vous lui demandez Croyez-vous que les gaz soient ainsi ? il répondra : Je ne crois pas qu'ils soient ainsi ; je pense qu'ils sont ainsi.

  •  HUSSERL, Méditations cartésiennes, tr. fr. G. Peiffer et E. Lévinas, éd. Vrin, p.15

    Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra "une fois dans sa vie" se replier sur soi-même et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu'ici et tenter de les reconstruire. La philosophie - la sagesse - est en quelque sorte une affaire personnelle du philosophe. Elle doit se constituer en tant que sienne, être sa sagesse, son savoir qui, bien qu'il tende vers l'universel, soit acquis par lui et qu'il doit pouvoir justifier dès l'origine et à chacune de ses étapes, en s'appuyant sur ses intuitions absolues. Du moment que j'ai pris la décision de tendre vers cette fin, décision qui seule peut m'amener à la vie et au développement philosophique, j'ai donc par là même fait voeu de pauvreté en matière de connaissance. Dès lors il est manifeste qu'il faudra alors me demander comment je pourrais trouver une méthode qui me donnerait la marche à suivre pour arriver au savoir véritable. Les Méditations de Descartes ne veulent donc pas être une affaire purement privée du seul philosophe Descartes, encore moins une simple forme littéraire dont il userait pour exposer ses vues philosophiques. Au contraire, ces méditations dessinent le prototype du genre de méditations nécessaires à tout philosophe qui commence son oeuvre, méditations qui seules peuvent donner naissance à une philosophie.

Par veronique delbove
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Mercredi 5 octobre 2005
Ecouter : Jacques Ricot sur l'ironie socratique


Par veronique delbove
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Mercredi 5 octobre 2005
ECOUTER :  Jacques Ricot sur la maïeutique socratique
Par veronique delbove
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Mercredi 5 octobre 2005

L'image « http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/anti/socrate/socrat-2.gif » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.



Par veronique delbove
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Vendredi 28 octobre 2005


La philosophie consiste toujours à inventer des concepts
.
Je n'ai jamais eu de souci concernant un dépassement de la métaphysique ou une mort de la philosophie. La philosophie a une fonction qui reste parfaitement actuelle, créer des concepts. Personne ne peut le faire à sa place. Bien sûr la philosophie a toujours eu des rivaux, depuis les "rivaux" de Platon jusqu'au bouffon de Zarathoustra. Aujourd'hui c'est l'informatique, la communication, la promotion commerciale qui s'approprient les mots "concepts" et "créatif", et ces "concepteurs" forment une race effrontée qui exprime l'acte de vendre comme suprême pensée capitaliste, le cogito de la marchandise. Le philosophie se sent petite et seule devant de telles puissances, mais s'il lui arrive de mourir, c'est de rire.

La philosophie n'est pas communicative, pas plus que contemplative ou réflexive: elle est créatrice, et même révolutionnaire, par nature, en tant qu'elle ne cesse de créer de nouveaux concepts. La seule condition est qu'ils aient une nécessité, mais aussi une étrangeté et ils le sont dans la mesure où ils répondent à de vrais problèmes. Le concept, c'est ce qui empêche la pensée d'être une simple opinion, un avis, une discussion, un bavardage. Tout concept est un paradoxe, forcément.

Gilles Deleuze, Signes et événements - Magazine Littéraire n°257 Sept 1988


Par veronique delbove
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Vendredi 28 octobre 2005




En quoi Matrix
(film de Larry et Andy Wachowski s
orti en 1999)permet-il de ressaisir l'illusion dans laquelle vivent les hommes avec une perspective nouvelle ?


 I. La caverne

Platon, dans l’allégorie de la Caverne (République 7), nous décrit une caverne à l’intérieur de laquelle se trouve une longue rangée de personnes assises dos à la sortie. Enchaînées à leur chaise depuis leur naissance, ces personnes n’ont pour champ de vision que le lointain mur de la caverne. Et leur vision de la réalité ne se limite qu’à celle-ci. Mais les prisonniers ne sont pas les seuls occupants de cette caverne. En effet, ceux que Platon nomme les marionnettistes, retiennent les prisonniers en captivité à leur insu. Un feu brûlant dans la caverne leur permet d’entrevoir ce qui les entoure, mais leur perception est altérée. Ils ne voient sur le mur au fond de la caverne que les ombres de ce que les marionnettistes veulent bien leur montrer. Dans Matrix, comme les prisonniers de la caverne, les humains enfermés dans la matrice ne voient que ce que les machines veulent bien leur laisser voir. Ils sont amenés à croire que ce qu’ils voient et entendent dans la matrice est la réalité. Pourtant, ce qu’ils voient ne sont que les ombres de la réalité.

II. Les marionnettistes

Dans Matrix, les marionnettistes sont représentés par les machines. Les prisonniers ne sont pas les seuls à être influencés par la réalité virtuelle ; en effet, les marionnettistes eux-mêmes sont en quelque sorte également influencés, car ils vivent aussi dans le monde virtuel qu’ils ont créé. Nous pouvons remarquer que vers la fin, l’Agent Smith commence à éprouver des émotions. Ainsi, étant obligé de vivre dans la réalité de la matrice, il s’adapte à elle et devient de plus en plus comme les humains enchaînés qu’il déteste tant.

III. La libération

Dans l’allégorie de la Caverne, Platon émet l’hypothèse qu’un des prisonniers serait déjà sorti de la caverne. Une fois tourné vers l’extérieur, ce dernier pourra voir les marionnettistes ainsi que le monde réel. Cette scène correspond au moment du film où Neo voit pour la première fois le monde tel qu’il est vraiment : un immense champ où les machines dominent les humains.

Neo subit un grand choc tant physique que moral lorsqu’il est confronté à la réalité. En effet, il refuse tout d’abord d’admettre la vérité. De plus, comme l’homme qui est sorti de la caverne qui ne peut regarder les objets réels droit en face, Neo distingue mal les objets. En effet, comme le lui explique Morpheus, ses yeux n’ont encore jamais servi.

Pour que le prisonnier de la caverne en sorte, il a forcément dû remettre en question le monde qu’il avait sous les yeux, en se demandant ce qu’il y avait au-delà de la caverne. Il a cherché à connaître la vérité. De même, Neo s’est toujours demandé ce qu’était la matrice et a toujours senti que quelque chose allait de travers dans le monde.

IV. Tentative de libération des prisonniers

Une fois de retour dans la caverne, le prisonnier libéré tente de raconter la vérité aux autres, de leur ouvrir les yeux. Malheureusement, s’étant accoutumé à la lumière, il est à présent maladroit dans l’obscurité de la caverne. Ses tentatives pour expliquer la vérité aux autres sont vaines. En effet, comme Morpheus dit à Neo : "Malheureusement on ne peut expliquer à personne ce qu’est la matrice. Tu dois le voir par toi-même." Les autres prisonniers de la caverne ne le croiront donc pas et le prendront même pour un homme peu sain d’esprit.

Dans Matrix, comme dans l’allégorie de la Caverne de Platon, les hommes ne sont pas prêts à accepter la réalité et préfèrent la caverne dans laquelle ils se sentent plus en sécurité.

Source : http://www.cinelycee.com/tpe.php?id_tpe=1#3

Ø     A consulter :Matrix, machine philosophique, collectif, Ellipses, paris, 2003.Ce livre est un recueil d'articles d'Alain Badiou, Jean-Pierre Zarader, Thomas Bentouïl, Elie During, Patrice Maniglier :



Par veronique delbove
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Vendredi 28 octobre 2005

«  Voici ce qu’ont fait les Grecs, ils ont plié la force, sans qu’elle cesse d’être force. Ils l’ont rapportée à soi. Loin d’ignorer l’intériorité, l’individualité, la subjectivité, ils ont inventé le sujet, mais comme une dérivée, comme le  produit d’une « subjectivation ». Ils ont découvert « l’existence esthétique », c'est-à-dire la doublure, le rapport à soi, la règle facultative de l’homme libre. »

 

G. Deleuze, Foucault, « les plissements ou le dedans de la pensée », ed de Minuit, Paris 1986, p108 .

Source photo :  www.jp-petit.com

Par veronique delbove
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Vendredi 28 octobre 2005


 « Il m'a donc semblé que la question qui devait servir de fil directeur était celle-ci : comment, pourquoi et sous quelle forme l'activité sexuelle a-t-elle été constituée comme domaine moral ? Pourquoi ce souci éthique si insistant, quoique variable dans ses formes et dans son intensité? Pourquoi cette "problématisation ?(…)

En posant cette question très générale, et en la posant à la culture grecque et gréco-latine, il m'est apparu que cette problématisation était liée à un ensemble de pratiques qui ont eu certainement une importance considérable dans nos sociétés: c'est ce qu'on pourrait appeler les "arts de l'existence". Par là il faut entendre des pratiques réfléchies et volontaires par lesquelles les hommes, non seulement se fixent des règles de conduite, mais cherchent à se transformer eux-mêmes, à se modifier dans leur être singulier, et à faire de leur vie une œuvre qui porte certaines valeurs esthétiques et réponde à certains critères de style.

 

Michel Foucault, L'usage des plaisirs ; Gallimard, 1984, p 16-17

 

Par veronique delbove
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Vendredi 28 octobre 2005
« Nous ne vivons pas, nous espérons vivre, nous attendons de vivre. Stoïciens et Epicuriens nous invitent alors à effectuer une conversion totale de notre relation au temps. Vivre dans le seul moment où nous vivons, c'est-à-dire le présent, ne pas vivre dans le futur, mais au contraire comme s’il n’y avait pas de futur, comme si nous n’avions que cette journée, que ce moment à vivre, le vivre alors du mieux possible (...)


Pierre Hadot, La philosophie comme manière de vivre, Albin Michel, 2001, p258



Par veronique delbove
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Affluents

L'île déserte


est l'un de ces motifs dont la littérature et le cinéma rafollent, une sorte d'expérience entre in vitro pour le pire des émissions de téléréalité (koh Lanta, Ile de la tentation, le Loft où l'ironie des producteurs aura réduit l'océan à une piscine gonflable !) et in vivo lorsque certains témoignages nous ramènent à la cruauté indépassable du réél.

Puisque Sartre voisine, il convient de préciser que  L'île déserte ajoute à l'idée de Huis Clos un état de nature sauvage et primitive, qui n'est pas sans conséquence sur le contenu des expériences vécues.

L'île déserte rappelle à l'homme surcivilisé que l'état de nature peut devenir le pire des bagnes (cf les histoires véridiques de Alexandre Selkirk qui inspira le Robinson de Defoe, l'enquête menée par Mike Dash sur les naufragés de la Batavia dans l'Archipel des Hérétiques ou encore le témoignage redoutable d'A. Corréard et J.B. Savigny, deux des naufragés de la Méduse, concept non-pâtissier d'île flottante).


Alors, laquelle des versions filmées de Robinson faut-il voir ? A vrai dire, aucune, et évitez à tout prix celle avec Tom Hanks ! Revenez plutôt au texte de Daniel Defoe ou mieux encore à la version plus récente de Michel Tournier, Vendredi ou les Limbes du Pacifique.

Préférez également la prestation impressionnante de Brando dans Les révoltés du Bounty de Lewis Milestone (1962).



Pour la version livresque, passez directement au tome 3 de l'Odyssée de la Bounty, la fameuse ile de Pitcairn, ce rocher désert où quinze hommes et douze femmes, Blancs et "Indiens" liés par le même destin, se réfugient donc, un beau jour de 1790, et y fondent une minuscule République.

Vous pourrez aussi vous référer au texte de Gilles Deleuze,  L'île déserte, malheureusement difficile à se procurer. Un peu plus distante de notre sujet, la lecture de La Fin du Voyage de P. Auriol s'avère néanmoins fort intéressante par les aspects philosophiques qui jaillissent de cette histoire du rétrécissement du monde au fur et à mesure des multiples explorations maritimes qui se sont succédées jusqu'à celles menées par le capitaine Cook, de la disparition de l'inconnu, et du début de l'uniformisation de la planète, aujourd'hui presque totalement achevée.

Et puique l'idée d'uniformisation m'incite à conclure, il faut reconnaître que l'industrie mondialisée  de l'image est quand même, parfois, capable de fournir des produits comestibles, comme la série Lost, qui, épisodiquement, conduit à des questionnements et des situations surprenants ... pour qui ne connaît ni Poe, ni Dick, ni Borges, ...


RECTIF. Un lecteur attentif de La Philo sss me rappelle le Robinson Crusoe de Bunuel (1953).
Vous trouverez ici une très bonne analyse des symptômes du monde originaire dans le cinéma de Bunuel.



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Des cartes pas très cartésiennes


DE LA RIGUEUR DE LA SCIENCE

"En cet empire, l´Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d´une seule Province occupait toute une ville et la Carte de l´Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l´Empire, qui avait le Format de l´Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l´Etude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elle l´abandonnèrent à l´Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l´Ouest, subsistent des Ruines très abimées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n´y a plus d´autre trace des Disciplines Géographiques.
(Suarez Miranda, Viajes de Varones Prudentes, Livre IV, Chapitre XIV, Lérida, 1658.)"

J.L.Borges - Histoire universelle de l'infâmie


 

Kirsten Pieroth - The colour of the Seas (2002)
bouteilles en plastique, eau de mer

de gauche à droite : la mer Rouge, la mer Blanche, la mer Noire, la mer Jaune



"C´est une autre chose que nous avons apprise de votre Nation," dit Mein Herr, "la cartographie. Mais nous l´avons menée beaucoup plus loin que vous. Selon vous, à quelle échelle une carte détaillée est-elle réellement utile ?"
"Environ six pouces pour un mile."
"Six pouces seulement !" s´exclama Mein Herr. "Nous sommes rapidement parvenus à six yards pour un mile. Et puis est venue l´idée la plus grandiose de toutes. En fait, nous avons réalisé une carte du pays, à l´échelle d´un mile pour un mile !"
"L´avez-vous beaucoup utilisée ?" demandai-je.
"Elle n´a jamais été dépliée jusqu´à présent", dit Mein Herr. "Les fermiers ont protesté : ils ont dit qu´elle allait couvrir tout le pays et cacher le soleil ! Aussi nous utilisons maintenant le pays lui-même, comme sa propre carte, et je vous assure que cela convient presque aussi bien."

Lewis Carroll - Sylvie & Bruno



"Et les marins, ravis, trouvèrent que c´était une carte qu´enfin ils pouvaient tous comprendre 

"De ce vieux Mercator, à quoi bon Pôle Nord  Tropiques, Equateurs,  Zones  et    Méridiens ?"
Tonnait l´Homme à la cloche ; et chacun de répondre : "ce sont conventions qui ne riment à rien !

Quels rébus que ces cartes, avec tous ces caps et ces îles ! Remercions le Capitaine
de nous avoir à nous acheté la meilleure -
qui est parfaitement et absolument vierge !"


Lewis Carroll - La chasse au Snark

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